Les bijoux sont utilisés dans le monde entier, à la fois pour leur valeur matérielle et pour leurs qualités esthétiques. Les Imazighen, en outre, ajoutent à leurs ornements une grande signification symbolique et identitaire. Parfois, ils ont également une fonction pratique.
SES UTILISATIONS :
– Identitaire :
Tout comme les tatouages ou les vêtements, la joaillerie est également utilisée à des fins identitaires. C’est pourquoi chaque tribu possède différents types de bijoux, avec un style particulier, des pièces différentes ou une façon spécifique de les porter.


– Protectrice :
Une autre fonction de la joaillerie amazigh est de protéger contre le mauvais œil, ainsi que contre les mauvais esprits « ljunun ». Beaucoup de bijoux comportent des gravures de symbolisme protecteur. De plus, la joaillerie était toujours en argent, car elle était associée à la pureté, l’or étant utilisé uniquement ces dernières années.
– Économique :
Posséder des bijoux était une manière d’économiser de l’argent, ainsi les femmes portaient leurs économies sous forme de bijoux. De plus, avant de se marier, l’homme devait offrir à la femme autant de bijoux qu’il pouvait, donc plus il en offrait, plus le statut social était élevé.

– Pratique :
Certains bijoux, en plus de leur valeur esthétique et économique, avaient aussi une fonction pratique. Par exemple, dans de nombreuses tribus, les femmes portaient de larges bracelets avec des pics très marqués, qui servaient comme armes de protection. Un autre exemple est la Croix du Sud, la boussole du désert.

LES ARTISANS :
Pendant des siècles, les Juifs ont été les spécialistes de la joaillerie au Maghreb, bien qu’il y ait aussi eu quelques artisans musulmans à Tafraoute ou Tiznit, ce qui n’était pas courant ; en effet, selon une interprétation de l’Islam, il n’était pas éthique de vendre des bijoux et d’en tirer un grand profit. On croyait aussi que pour fabriquer quelque chose d’aussi beau, il était nécessaire de conclure un pacte avec le diable ou d’avoir des pouvoirs spéciaux.
En fait, au Niger, les artisans du métal argenté sont appelés « Inaden », ce qui signifie « personnes qui travaillent avec le feu », et ils sont réputés avoir des pouvoirs spéciaux en raison de leur manière de travailler le feu.


JOAILLERIE TOUAREG – LA CROIX DU SUD (IFERWAN)
LES TOUAREGS :
Les Imazighen sont divisés en différentes ethnies, qui se divisent ensuite en tribus, puis en fractions, et enfin en clans. Les Touaregs sont une ethnie amazighe. Leur population s’étend sur l’Algérie, la Libye, le Niger, le Mali, la Mauritanie et le Burkina Faso. De tradition nomade et commerçante, les Touaregs ont toujours été en mouvement. Par le passé, ils circulaient au Maroc en commerçant lors des caravansérails transsahariens, vendant, achetant et échangeant, c’est pourquoi aujourd’hui encore, on peut voir les traces qu’ils ont laissées sur leur passage, notamment dans l’artisanat.

IFERWAN – LA CROIX DU SUD :
Parmi les bijoux amazigh, la Croix du Sud Touareg est l’une des pièces les plus importantes et les plus connues. Elles sont fabriquées de manière artisanale, suivant la même technique utilisée il y a des centaines d’années. Les artisans qui les fabriquent sont appelés « Inaden », ce qui signifie : personnes qui travaillent avec le feu. Ces artisans sont réputés pour avoir des pouvoirs spéciaux grâce à leur manière de travailler le feu. Le berceau de ce type d’artisanat est au Niger.
À l’origine, il existait 21 modèles différents, chacun étant lié à une tribu ou à une région touareg, principalement dans la zone de ce qui est aujourd’hui le Niger.

HISTOIRE ET USAGES :
1. Affiliation tribale et/ou régionale :
Chaque tribu avait son propre modèle de Croix du Sud, ainsi, porter une croix spécifique liait directement la personne à sa tribu et/ou à sa région d’origine.
2. Protection :
Il existe une croyance selon laquelle les Croix du Sud possèdent également un pouvoir protecteur contre le mauvais œil, les mauvaises énergies, etc.
3. Boussole :
L’usage le plus identifiant et important de ces bijoux. Les Croix du Sud représentent les quatre points cardinaux et étaient utilisées comme des boussoles pour s’orienter en suivant les étoiles dans le désert. Il existe différentes théories sur la manière dont elles étaient utilisées :
– Constellation d’Orion : Les Croix s’alignent parfaitement avec la constellation d’Orion, elles ont les mêmes dimensions.
– Croix du Sud : Dans l’hémisphère Sud, il existe une constellation portant ce nom, qui indique également la direction du pôle Sud.

SYMBOLISME :
Le symbolisme est l’un des piliers les plus importants de la culture amazighe, il est présent partout et constitue en soi tout un système de communication.
On le trouve également dans la Croix du Sud, aujourd’hui beaucoup plus variée, influencée par le symbolisme d’autres tribus et peuples.
Cependant, le symbolisme originel est en parfaite harmonie avec l’utilisation de la boussole. Il représentait des éléments du terrain où ces familles, de tradition nomade, passaient la majeure partie de l’année, ainsi que des informations importantes à se rappeler pour survivre dans le désert pendant leurs voyages.
– Mouvement du vent dans le sable : Dans le désert, il faut suivre la direction des lignes dans le sable pour éviter de marcher contre le vent.
– Montagnes : Il était vital de repérer les éléments les plus caractéristiques comme un sommet, de grandes roches, etc., pour retrouver son chemin.
– Traces de chacal : C’est un ennemi des Touaregs car il attaque et tue leurs chèvres.
– Trace de fourmis : Lors des périodes de sécheresse et de pénurie alimentaire, les Touaregs suivaient les traces des fourmis pour trouver leurs nids et creuser afin de récupérer les graines que les fourmis avaient stockées.
*Une autre forme de symbolisme utilisée était l’alphabet Tifinagh, l’alphabet de la langue tamazight, préservé en particulier par les Touaregs.
